Camrène 4

Je ne comprends pas l’envie de mourir

  • je ne comprends que l’envie de quitter son corps et de s’abstraire de tout. Se reposer, finalement, pour penser à autre chose que soi. On est comme deux vieux amis maintenant. Je n’ai jamais su le rôle que tu occupais. Celui du bon, du mauvais. Tu occupais mon esprit, mon espoir d’échapper un jour à la torpeur du quotidien

Je me souviens quand tu marchais, pied traînant vers ton collège. Quand ton père te proposais de t’amener, que tu refusais juste pour me voir, continuer de me côtoyer, dans l’espoir qu’un jour, un moi tangible charnel et bien réel viendrait t’enlever. L’espoir qu’un jour je te dirai “tu as raison, il existe bien plus que cela”

  • bien plus pour tout horizon, que celui des cours et plus tard du travail, quand je renouvelle 14 ans plus tard ces mêmes chemins qui se ressemblent. Le décors change mais l’action reste la même. Je traîne des pieds en espérant que l’on vienne me chercher. Pourquoi n’es-tu pas venu ?

Je n’étais là que pour ces horizons. L’horizon existe, moi, pas, pas en tant que tel. J’existe comme une pensée, je suis furtif je disparais quand tu m’oublies, mais je ne pourrai t’apporter que l’envie à toi aussi d’ouvrir tes ailes, c’est bien comme ça que tu m’imaginais. Naïvement. J’étais le phœnix dont tu tires aujourd’hui ton nom de plume. J’étais, ce terme mystérieux que tu avais inventé, ton ujjp, la récurrence de tes pensées et l’assurance d’un jour en finir avec tout ça. Et toi, tu n’as pas changé.

  • tu as raison, je n’ai pas changé, je reste fait du même bois et j’ai peur parfois de me contenter d’hier et de demain. Quand je dis “tu me manques” c’est ton mystère qui me manque, ton adrénaline qui me manque, quand je croyais, dur comme fer, que ce monde était faux. Je ne m’ennuyais pas. Je passais des heures, fixant le vide à m’imaginer ce que serait ma vie si tu m’emmenais.

Est-ce que tu as voulu en finir, c’est cette question que tu dois te poser ?

  • tout n’est pas sombre. Je suis seul, à être sombre. C’est comme un poids sur la poitrine qui m’empêche de pleinement respirer. Ça va. Tout va. Sauf moi car je suis fatigué.

Mais en finir, réellement

  • j’ai peur de la mort. Et j’aime la vie. C’est moi que je veux quitter. Je suis assez con pour être mauvais, assez intelligent pour m’en rendre compte, assez bon pour en souffrir. La solution serait d’être encore plus con. Il y a un jour, un jour où je vais tout quitter. Quitter les médecins, rhumatologue, les neurologues et autres chimistes. Les ostéo, les kinés, les vaudous, les psychologues et les psychiatres. Un moment, un jour fou où je quitterai mon job, je quitterai les réseaux je quitterai la ville. Je mettrai un point final à tout sauf à moi-même, je m’en irai respirer. Je m’en irai. Je m’en irai, c’est ça l’ujjp de mes 14 ans, c’est qu’Un Jour, Je Partirai.

À 14 ans t’y pensais, 14 ans après qu’en est-il ? Tu m’invoques et je reviens, veiller sur toi l’enfant qui en rien n’a changé, tu es à peine plus grand que quand tu m’as oublié. 14 ans et pourtant, toujours cette même hypothèse, cette même douleur qui n’a fait que se déplacer

  • j’ai mal, elle m’enserre et j’ai mal, je veux juste être tranquille.

Tu l’étais, tranquille, avant qu’elle n’envahisse ta tête, que l’étau de tes tempes t’écrase et t’obsède ? Je me souviens d’un enfant qui pleurait, chaque matin, qui se traînait boulet au pied, je me souviens d’un enfant au corps lourd, au souffle court, dans l’enveloppe d’un maigrichon que le vent faisait tanguer. Tu n’as guère changé.
Ne me crois pas injurieux, ne me crois pas violent, ça n’a rien d’insultant.

Toujours, il y a ça, l’ujjp, le lâcher prise le plus total, le black out. Ce dont tu rêves est d’un bonheur béat. Innocent. Ce dont tu rêves c’est du rêve lui-même où tout s’embrouille, où tout est flou et sans conséquence. La nuit, tu n’as pas mal

  • la nuit, je n’ai pas mal, pas au crâne. Mais mes rêves sont remplis et ne sont pas un bonheur béat. Ils sont le reflets de mes jours, intérieurs et sombres. Long et haletant. J’aime rêver mais il y a ces rêves dont je suis prisonnier, ces rêves, otage, où surgissent ces fantasmes horrifiques qui me font subir les pires tortures. Ma tête me laisse mais mon corps crie, la nuit. Il crie quand on le tord, il crie ma peur du loup, tapis dans mon appartement, qui à tout moment peut me sauter au cou, me déchirer, je finis en lambeaux. Il crie quand on le touche, aux génitaux qui rayonnent de tête aux pieds, je suis paralysé, seul, désespéré, et personne pour me réveiller. Mon for intérieur est depuis longtemps assiégé. Ujjp c’est en sortir

Tu es comme tout le monde et tu connais tes jours de paix, l’ennemi en retrait

  • mon corps me démange, ma peau rayée de marques rouges. Il y a pire artifice, le vertige du moi. Moi moi moi, parfois, je cesse d’exister, entre parenthèses je ne suis plus libre de penser, des heures et des heures chaque jour qui chacune sont des éternités. Mon corps reste, me le rappelle chaque seconde. J’aimerais y échapper. Aux obligations, à tout le reste, à ce qui me retient de penser. J’aimerais passer mon temps à tes côtés.

Je ne sais que te dire. La sagesse voudrait que tu acceptes la vie telle qu’elle est, que tu cesses de lutter et tu te laisses emporter. Je hais la sagesse

  • c’est sagesse d’être médiocre ?

Non, de se laisser vide. Peut-on composer, peux-tu composer avec ce qui te fait souffrir ? Adolescent, tu cherchais à tomber dans les pommes. Tu forçais sur ton cerveau en espérant qu’il déconnecte

  • adolescent, je croyais en une magie.

Tu croyais en moi

  • je crois encore en toi.

Nos discussions ne sont plus les mêmes. J’étais infini, aujourd’hui, je sais qu’à chaque fin de texte, je disparais pour revenir au prochain. Aujourd’hui, tu me présentes enfin tel que je suis

  • j’avais menti, à ton sujet. J’avais parlé de toi. J’avais dit “c’est un cousin”. Et mon premier groupe de musique portait ton nom, ou presque. Il s’appelait CamRed. Comme un hommage discret que moi seul connaissais.

Tu m’en voulais, pourtant

  • je t’en voulais de pouvoir voler, je te voyais ailé, je voulais m’en aller.

Est-ce que tu m’aimais ?

  • tu étais la somme de mes amours.

Et aujourd’hui ?

Camrène 3

  • j’ai souvent voulu le couper, m’en débarrasser, il était le symbole de ce que je détestais, de ce que je ne comprenais pas. Je me disais qu’il suffisait d’une chose, un coup de ciseaux bien placé et paf, lui et ce qui l’accompagne finiraient par disparaître, je jalousais celles qui n’en avaient pas. Parfois, dans mes nuits terribles, quand je demandais ce que j’étais, quand tu me manquais un peu (tu m’aurais montré d’autres indices, j’en suis sûr) je me martelais le ventre, je pleurais ma médiocrité.
  • je me disais qu’il n’y avait d’autres moyens d’exister que de reproduire ce qu’on m’avait enseigné. Ce bout de rien m’empêchait d’être bien. Ils sont comme ça, je ferai de même, j’aimerais les mêmes, j’agirai pareil, fatalisme. Pourquoi ça ne marche pas ? Qui était il, ce bout de peau, cette excroissance dégueulasse à me dicter mes envies, me dire qui aimer et surtout, à ce moment, qui ne pas aimer.
  • qui était-il à m’obliger une quelconque façon d’être aux yeux des autres, quand je voyais celle de mes paires, que j’y reconnaissais comme dans un miroir mon horrible figure, celle de mon propre père.
  • j’entendais sa voix. Son rire. Son corps, ses poils et lui-même, sa propre excroissance si laide, pâteuse et large. Tout, dans l’homme, tout me dégoûtait. Pourtant, tu existais dans ma tête, mais pas si homme.

J’ai un visage maintenant, et je viens à ta fenêtre, tel un amant romantique, j’attends que tu m’ouvres

  • je t’ai vu nu, une fois, tu l’avais aussi, j’aurais pu comprendre qu’on pouvait être autrement. S’aimer différemment. Rendre les choses si belles comme tu l’étais toi-même.

C’était il y a quinze ans, je m’en souviens comme dans tes songes

  • tu n’étais pas là pour moi, tu étais là pour elle.

Qui te dit qu’elle n’était pas toi ?

  • la vitre, tu l’avais brisée

Coup de théâtre pour sa majesté, éclats de verre pour me sublimer

  • tu étais sublime

J’étais sublime

Camrène 2

Il était là. Je le sentais. Il n’avait pas grandi.

Comment as tu osé changer sans moi. Ouvre les yeux

– je sais ce que tu fais, je sais comment tu tues

Sans moi rien ne va, tu es seul la nuit, tu as peur la nuit, s’il faut que j’entre j’entrerai, regarde-moi, ouvre les yeux !

– j’ai vu le carnage, j’ai vu les corps, les gens courir en criant dans les couloirs

Ce serait ma faute ? Qui de nous deux décide que je ne dois pas être vu. Ouvre les yeux.

– je viens pour en finir, mettre un terme à tout ça.

Je suis ton unique ami, tu le sais, le reste pacotille, pacotille car je reste et je n’ai pas changé, ouvre les yeux

– tu n’as pas grandi

Ouvre les yeux

– j’en ai pas besoin pour te voir

Ouvre les yeux

– je suis venu pour te parler

Me parler

– je suis venu te dire d’arrêter

Me dire d’arrêter. Mais tu sais où on se trouve ?

– dans mon lycée, salle 205

On est en rêve. On est en rêve. Ce n’est que dans les rêves qu’un simple regard peut tuer. Ouvre les yeux.

J’ouvris les yeux.

Camrène 1

Comment tu veux créer tout un monde si tu dois te concentrer sur tous les aspects
Ce que je dis.
Les mouvement de ma bouche mon visage mes cheveux les muscles de mon cou, mon corps tout entier et le reste. Ce qu’il se passe derrière moi, à mes côtes. Laisse faire. Juste, laisse faire.

Et suis moi.

Pas comme ça, là t’es couché, t’es dans ton lit, redresse toi !
Non reste couché, mais à la verticale. Change ta perception. Derrière toi c’est au-dessus de toi. Voilà, maintenant, marche. Laisse faire, te demande pas ce que tu ressens quand tu marche, juste marche. Suis mes pas. Mais non te recouche pas !

Abuse pas de la gravité, t’es trop lourd là. Et tu crois que je te vois pas te regarder à la troisième personne ? Incarne toi, t’es pas la caméra.

Panique pas, c’est pas facile. Et pourtant, tu le fais toutes les nuits quand t’y prêtes pas attention. Je te donne juste les instructions, que tu me vois, que tu me suives. On reprendra demain.

Je te promets d’être bienveillant, pas comme avant

– Tu les avais tués

Ce n’était qu’un rêve

– C’était mes amis

Ce n’était qu’un rêve.

– Tu m’avais tué

Juste en cauchemar. Dors maintenant.

Pia-mot

La pulsion, elle vient du dos

Celle qui fait cracher les notes, élance les mains, elle vient du dos remonte l’échine et traverse les bras

Et le morceau commence, en notes graves et brutales quasi bestiales, les rythmes saccadent et meurtrient les touches, j’aurais aimé faire plus, dans ma tête, une symphonie
Le ventre se serre
Le ventre se sert quand le dos, fatigué, endolori, en trois temps abandonne, c’est au tour des tripes, dissonance en dissonance, de calmer la colère, la douleur croît, le corps ploie, les notes choient
Calme
Calme

L’estomac se relâche et se dessine alors un paysage connu, les muscles, un à un, des pieds aux mains, laissent aller le fluide qui les a brûlés

Reprise lente, d’abord la main gauche hésite, désolée de m’avoir fait mal
Désolée d’avoir eu à dire
Des pensées ridicules
Sur quels accords reprendre, quel motif broder pour que main droite se pose, rassurée de pouvoir remonter, à nouveau cadencée sur des mots tendres que la boule dans la gorge abandonne. Ça va aller. Le piano a la voix cassée, rauque et étouffée. Sourit en coin, me prend les deux mains, puis dans ses bras majeur, me voilà mineur entouré de ses sons. Ça va aller. Voilà, tu peux respirer.
Silence

J’ai pas ri


Dans les nuits étoilées il y a la peur du loup, mais aussi l’éveil et j’ai vu
J’ai vu ou j’ai cru voir, la forme, la silhouette, l’ombre d’un homme qui passait furtivement. Au coin de mon oeil. Il n’avait pas de taille, pas de voix, pas de bruit de pas. Qui est-il ? Où va-t’il ? Je sais pas. Je… M’en fous

Demain, je l’aurai oublié. Arg. J’aurais aimé ressentir les mystères de la nuit. Parler de son atmosphère merveilleuse, du calme, de la lune, etc. Mais j’habite en région parisienne. Alors je vais vous parler du vroum vroum des voitures, des écrans publicitaires allumés h24 comme un gros doigt à la crise climatique, des avions qui circulent jusque pas d’heure. Des batiments trop hauts. Des gens trop fatigués. De ceux qui dorment dehors au pied d’immeubles haussmanniens vides. Sans même un banc pour s’allonger, ces longs bancs durs et froid qu’on a cru bon remplacer par du mobilier anti SDF. Les chasser jusqu’au dehors. Bientôt passera la fourrière. On leur donnera quelques croquettes, et on leur passera la sangle au cou. Nos rues seront propres, décarbonées de l’être humain qui ne faisait que dormir là où il faisait tache. 

Le pauvre fait tache dans la vision bourgeoise libérale. Il fait tache, on s’en fiche bien qu’il existe, on ne veut juste pas le voir: la poussière, c’est sous le tapis qu’elle est le mieux. Sous les meubles, ou bien derrière, à l’abri des regards. Moi aussi, je détourne le regard. Trop souvent. De toutes les misères humaines.Je raisonne en grands principes, j’y vais par de grands discours et je comble ma petitesse. 


J’aimerais, moi, que Paris n’existe plus. Paris est une aberration. Bruyante et suintante. Elle fatigue, elle exulte et exalte mais elle ment, aussi. Pleine des fausses promesses des villes anonymes. Ici, tu peux recommencer. Mais ici, personne ne t’entends pleurer. On passe de la famille sous une couverture trouée à même le sol, à ces hommes bien vêtus, sous pull veste de costard, du bidonville à  la galerie d’art et j’execre. J’execre quoi ? La galerie d’art ? Le riche ? Ce serait trop simple. Non, je me déteste d’écrire tout ça comme pour me placer à côté, dire que je n’en fais pas partie. C’est trop simple. J’en fais partie intégrante. J’en suis acteur comme tous les autres.

Nuit, je te haime.
Les une ressemblent aux autres, je suis encore coincé dans les mêmes problèmes qu’avant, à me demander comment viendra la quiétude, par quelle porte surgiront mes monstres, et leurs sensations qui étreignent mon corps.

J’ai parfois le souffle coupé

Coupé d’attendre en vain la légèreté suffisante, que chaque muscle me laisse aller, le cœur calme, le sourire aux lèvres.

Il y a ces bruits, parfois. Ces craquements, ces quelques bruits de pas. Ces souffles sur ma peau, cette sensation de froid. Qui me rappellent que je suis seul. Que la nuit, les murs se resserrent sur moi, parfois à m’étouffer

Lire un ebook légal = va chier, Phie.

L’aventure google avec un livre numérique

J’ai acheté un epub sur le google play book (pourquoiiiii)
J’essaie de le télécharger
Je clique sur “télécharger l’epub”

erreur 404

je googlise (l’ironie) et je tombe sur un problème qui date de 2015, lié au multi compte
Je me déconnecte/reconnecte, ça marche.

Je me retrouve avec un fichier acsm, le format de la décadence qui me fait me demander si certains développeurs n’ont pas leur famille prise en otage par les GAAFAM (inclure A-daube) pour avoir accepté de développer une pareille infamie

naturellement le logiciel a-daube est incompatible linux et a des conditions d’utilisation EXTRÊMEMENT DOUTEUSES voire illégales, j’imagine.
Donc wine, mais pas la version 4.5 de leur soft, non, pas supporté. Donc version 1.7

Là je tente de l’importer

erreur:

E_GOOGLE_DEVICE_LIMIT_REACHED

ok, donc… J’ai perdu mon putain de epub, 11€ dans les poches de l’ogre Google

Rappelez-vous : le capitalisme est un frein à la culture… Surtout quand on paie, et il tue le numérique qui aurait pu être quelque chose de bien.

Verdict : piratez, piratez, piratez, il n’y a que ça de bon

Merde

Merde

J’ai rencontré une dame d’une cinquantaine d’année, qui cumule les malheurs Elle est tombée près de châtelet Je l’ai aidé à se relever et on a marché un peu
Il y a un an, elle a été diagnostiquée avec une maladie neuro-dégénérative, un genre de Parkinson accéléré Tous les jours, la situation empire Elle m’a dit, “ça fait trois fois que je tombe” avec quelque chose dans la voix, timbre du désespoir
“J’ai eu un cancer, mais quand j’avais mon cancer, j’avais des raisons de me battre Là je peux même pas me battre, parce que je ne peux pas guérir”
Ce même désarroi, que j’entends toujours en écrivant Elle semblait si fragile, elle tremblait et sa voix était faible comme un souffle
Pour elle, un cancer n’était pas si grave, car elle pouvait le vaincre
Il est 2h du matin, je pense à elle Je pense aussi à Gaëlle Héaulme, amie que le cancer a emporté, mais qui est éternelle J’aimerais qu’elle soit éternelle Et qu’elle sache que quelqu’un pense à elle, car on est toujours seul dans la maladie

Pourquoi Gaëlle est éternelle

Et nik la fin

De déconstruction à reconstruction, récit d’une remise en question

Depuis quelques semaines, quelque chose me trotte en tête. Un sentiment que je peine à définir mais qui n’en est pas moins réel: celui d’avoir été trompé, manipulé, et surtout d’avoir nié par instinct de préservation chaque alerte, chaque indice qui aurait pu me mener à une remise en question.

Cet article ne va pas relater une déconstruction mais bien le point de départ d’une reconstruction.

Tout commence par une soudaine prise de distance. Tout d’abord, début Mars, je me suis déconnecté de Twitter, Facebook, Mastodon, bref, tous les réseaux qui, disons-le franchement, polluaient, emprisonnaient ma réflexion et ma pensée critique. Je ne dis pas que les réseaux en étaient la cause, juste qu’ils accentuaient une fâcheuse tendance que j’avais déjà en moi : celle de l’indignation irréfléchie et émotionnelle, propre à la gauche bien pensante, dans le fond pleine de bons sentiments mais en profond décalage avec ce qu’on attend de la raison.

La déconnexion soudaine laisse parfois comme un vide. Régulièrement, par réflexe, je rentrais l’adresse de twitter dans mon navigateur pour me rappeler ma résolution. S’en suivait un léger moment de suspend pendant lequel je me demandais que faire de mes dix doigts.

Le soir du 7 Mars, une vieille amie de passage sur Paris m’a contacté sur mon ancien mail de Prépa, heureusement redirigé vers ma boîte récente. Elle n’espérait pas véritablement de réponse, mais j’avais annoncé sur Facebook mon départ, il ne lui restait que ce biais pour discuter. Elle me proposait de la voir dès le lendemain, dans un bar parisien dont le nom n’a pas grand intérêt.
Ayant quitté le tumulte des internets, j’acceptais sa demande.

Elle me tendit un objet emballé. J’avais presqu’oublié que le 6 était mon anniversaire, elle y avait pensé. Ça me fit chaud au coeur, d’autant plus que je n’avais jamais réellement prêté attention à elle, bourré de préjugé que j’étais sur son énergie, sa droiture, jaloux de son courage et de l’assurance qu’elle avait à évoquer son mérite. Vertue qui jusque là m’était inconnue. Le cadeau était simple, sans fioriture, mais elle avait su me cerner.

La discussion commença par l’éternel “Que deviens-tu ?” que l’on place avec le sourire lorsque des années séparent la rencontre précédente, je résumai mon parcours scolaire et professionnel depuis 2011, elle me décrivit le sien : son double diplôme avec l’ENSAM et une école de management, son poste chez RoueMotrice, sa carrière, son déménagement aux USA.

“Tu sais, j’ai l’avantage d’être jeune. me dit-elle dit. J’enchaîne les heures mais c’est ce qu’il faut pour booster la boîte, des esprits dynamiques qui se donnent à fond. Mon argent, je ne l’ai pas volé.”

De seulement 20 employés au départ, l’entreprise de démarchage aux méthodes très demandées est vite grimpée à une centaine d’employés et fait rayonner la France à l’international.

“Mais rapidement on est arrivé au taquet. La France, c’est pas tellement un pays qui apprécie la réussite. Je crois en Macron, j’y crois réellement, il a cette volonté de libérer les énergies, mais regarde ce qu’il se prend dans la face ! Cette mentalité, ils vivent dans le passé, leurs symboles bien mignons mais en total décalage avec la réalité. Pour qu’une entreprise prenne son envol, il faut qu’elle se défasse de ses chaînes. Les taxes, les impôts, les charges sont comme des boulets à leurs pieds. On se sent en prison, dans ce pays. En prison pour quoi, juste avoir voulu bâtir un projet d’envergure internationale et créateur d’emplois.”

J’étais dans une phase d’incertitude. Tous les jours j’entends les discours d’experts télévisés qui pointent du doigt l’écrasement des entreprises, l’état qui vole les financiers pour arroser ses amis.

“Tu sais, aux USA, les gens perdent leur boulot, ils restent pas les bras ballants à pleurer sur leur sort. Immédiatement, ils redémarrent la machine, multiplient les jobs car ils savent que c’est important, c’est dans leur éducation. En France, tout est fait pour que tu restes devant ta TV à ne rien faire que commenter. Ma chance, c’est d’aimer travailler, mes parents m’ont toujours poussé à faire valoir mes qualités, aller de l’avant. L’avenir est radieux quand tu saisis les opportunités. La France, elle, elle ne reconnait pas le risque que tu prends à être premier de cordée. Tu portes tout sur tes épaules, sans toi la boîte n’est rien, le pays n’est rien, et tu dois en plus subir la haine de tes salariés glandeurs et des politiciens qui font tout pour te mettre des bâtons dans les roues. J’aimerais les y voir. Un salarié, ça se remplace. T’en jarte un, un millier veut prendre sa place. Patron, financier qui va savoir où investir, c’est pas faisable par tout le monde. Mais qu’est-ce que tu veux, nous, on encaisse, on dit rien, on ne se plaint pas. Pourquoi ? Parce qu’on reconnait la valeur de la démocratie. Mais il ne faut pas s’étonner de nous voir partir, ou investir dans des pays qui savent reconnaître le mérite. Tu sais, je connais une femme près de Seattle, elle est employée dans une grande surface de jour, le soir elle travaille au burger king, et le weekend elle bosse au noir pour faire des ménages. Jamais elle se plaint. Pas de couverture médicale, parce que jamais malade. Et oui, le travail, c’est la santé. Les français devraient se poser des questions. Être toujours dans la revendication, le “moijeveux”, c’est ça qui les rend malade. Elle, elle a du courage. Le français travaille pas 35h, il geint au moindre bobo, les seules fois où il lève son ventre de son canapé c’est pour faire la fête dans les rues en jouant au révolutionnaire.”

Elle soupira.

“Je gagne 70k, mais tu sais là-bas, c’est que dalle. Je débute, donc je me plains pas.”

L’entrevue dura 2h, elle me quitta pour aller rejoindre sa mère en dernière partie de soirée. Le lendemain, elle reprenait l’avion. Telle une graine sa vision germa avec le temps. Je vis de plus en plus ce négativisme ambiant, ces énergies négatives qui écrasent les gens honnêtes, les bâtisseurs, les faiseurs d’emplois qui a eux seuls sont le moteur met la république en marche.

Alors, soyez disruptifs.